L'AMOUR DURE TROIS ANS de Frédéric Beigbeder

Note: 16/20

N’étant pas une grande fan de Beigbeder, l’écrivain, je n’attendais pas à être éblouie par son premier film. L’amour dure trois ans, le livre, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable, trop cynique et un peu sexiste, en plus, la bande annonce ne me donnait pas beaucoup envie non plus . J’ai finalement passé un très bon moment de cinéma, comme quoi…

L’histoire : Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.

Tout d’abord j’ai aimé que Beigbeder mette en abîme le livre à l’intérieur du film, ce qui lui permet plus ou moins d’en rejeter le message, sa misogynie et son cynisme. Le personnage le dit lui-même ce livre c’est de la merde. Il faut alors admirer l’ironie de Beigbeder de dire cela à propos de son propre roman… Il prend le parti d’assumer totalement le fait de faire une comédie romantique amusante ce qui lui permet d’en faire un spectacle agréable.
On s’amuse des références littéraires, de Canal plus, de son amour pour Michel Legrand, de son apparition dans le film (en soldat russe), de son prix Nobel de littérature (caché dans le panneau défilant d’une émission télé)…

La réalisation est plutôt plaisante, pour un premier film, il faut le lui reconnaitre. Je m’attendais à un film totalement cynique et trash (à la 99 francs), finalement ca reste relativement sobre et bien géré. Ce qu’il y a d’agréable c’est que ca ne tombe ni dans le gnan-gnan ni dans le prétentieux, et ca c’est déjà énorme.

Le scénario est plutôt bien mené, les dialogues sont souvent savoureux et comiques. Il est porté par des acteurs plutôt bons dans l’ensemble. Gaspar Proust est moins énervant que ce que j’imaginais, et il signe une prestation plus que correcte. J’ai encore du mal avec Louise Bourgoin, mais finalement elle ne m’a pas dérangé. Les rôles secondaires, sont eux, à applaudir (à l’exception de Nicolas Bedos). Valérie Lemercier, qui m’avait un peu déçue dans Bienvenue à bord, est ici géniale en éditrice grinçante, le couple Lambert-Bel est exquis, et je ne me lasse toujours pas de Joey Starr en acteur, je n’y peux rien je l’adore, ici dans un rôle à contre-emploi.

Je le recommande, à qui, a de l’humour et aime les comédies romantiques. 

RAINBOW POUR RIMBAUD, de Jean Teulé

Note : 08/20

L’histoire : « A 36 ans, Robert est un doux géant de deux mètres dix doté d'une âme d'enfant.
Il vit avec ses parents à Charleville-Mézières. Robert se prend pour Arthur Rimbaud. Son bateau ivre à lui est une armoire dans laquelle il dort. Lorsque son père décide de se débarrasser du meuble, Robert part aussitôt pour Paris. Gare de l'Est, il rencontre Isabelle, standardiste à la SNCF. La passion ne tarde pas à naître entre ces deux êtres si sensibles et si différents des autres. Ensemble, les voilà partis pour un voyage au long cours, avec l'amour fou et Rimbaud pour seuls bagages »

J’adore Jean Teulé et son univers déjanté, ses personnages gagas et sa prose souvent laborieuse.  Mais j’ai eu du mal à m’y retrouver avec ce livre. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant, d’ailleurs la preuve je l’ai même fini.

Tout avait bien commencé, le titre (amusant il faut le reconnaitre), la couverture (une image de Rimbaud avec un arc-en-ciel sur la tête), la quatrième de couverture (le résumé est au-dessus), tout était réuni pour passer un bon moment de lecture. Après la découverte délicieuse des personnages de Robert et Isabelle, leur fuite passionnante et leurs aventures irréelles, le ton léger et amusant se transforme en poème sombre et tortueux. Je ne suis pas une adepte de la poésie et j’ai attendu la fin du livre avec impatience, espérant un dénouement qui n’est pas vraiment venu, ou peut-être ne l’ai-je pas compris ?

Un livre à lire si vous êtes adepte de poésie de Rimbaud ou des romans absurdes de Jean Teulé, sinon passez votre chemin, allez plutôt lire le Magasin des Suicides, beaucoup plus accessible. 

LA PIEL QUE HABITO, de Pedro Almodovar

Note: 16/20
Pedro Almodovar est l’un des réalisateurs plus doués toujours en vie, et il nous offre un mélange d’atroce horreur et de séduisant mélodrame. Le film délivre ses secrets petits à petits, et si le scénario est barjo il l’est autant que les protagonistes.

Tout cela étant dit : le docteur Roberto Ledgard (un très bon Antonio Banderas mature et doucereux) vit dans un château où se trouve sa propre clinique.
En regardant dans sa maison on découvre une femme magnifique toujours vêtue d’une combinaison moulante nommée Vera Cruz (la splendide Elena Anaya).
Almodovar fait le choix de révéler doucement le passé tragique de Roberto et également celui de Vera. Le moment où tout est révélé n’apparait pas soudainement, cela vient au fur et à mesure comme si Almodovar, avec un malin plaisir, retirait des voiles jusqu’à ce que le dénouement l’histoire soit mise en lumière.
Bien que le film ne soit pas aussi chaleureux que d’autres qui l’ont précédés, et malgré la pléthore d’images étranges et bizarrement captivantes, La Piel que Habito est très bien réalisé et le jeu des acteurs est proche de la perfection. La photographie est magnifique et l’ambiance malsaine est ce que le réalisateur recherche. La seule chose que j’ose à peine lui reprocher, est l’intrusion du personnage de Zeka, l’homme-tigre, qui bien qu’il bouscule l’histoire, aura été la chose qui m‘a le plus mise mal à l’aise. 

THE EXPLODING GIRL de Bradley Rust Grey

Note : 18,5/20 

Une étudiante nommée Ivy (Zoe Kazan) rentre chez elle durant une semaine de vacance et elle se fait larguer par son petit-ami. En même temps, elle passe cette semaine là, à faire la fête et à se balader calmement avec son ami de lycée Al (Mark Rendall) qui est clairement amoureux d’elle et qui a peur de l’avouer.  C’est à peu près tout. Malgré cela, chacun des petits moments deviennent monumentaux grâce à l’actrice principale, Zoe Kazan. Cette actrice a assez de talent pour nous laisser voir ses pensées, tout en restant absolument immobile. On apprend assez rapidement, qu’elle est épileptique et son personnage appréhende la vie comme si une bombe était constamment à la limite d’exploser, ce qui explique ses longs moments d’immobilité et ses silences. 

On a l’impression de regarder la vie d’Ivy à distance et cela est intensifié par le choix du réalisateur de filmer de longues séquences sous forme de documentaire. Et si au départ, on pense qu’Ivy est retournée dans une ville américaine quelconque, on comprend au fur et à mesure qu’il s’agit en réalité de New-York en été.  
Le film ne repose clairement pas sur le scénario, mais sur les acteurs et la mise en scène. Bien qu’ayant un budget limité Bradley Rust Grey réussi, avec l’aide des acteurs, à en faire un film magnifique. La lumière et la photographie sont maîtrisées parfaitement. La musique est quasiment absente, mais les silences du film prennent tout leur sens et ils nous en apprennent bien plus. 

« The exploding girl » est un très joli film, langoureux et qui fait beaucoup avec peu, il laisse ce sentiment que malgré tout vous avez assisté à un petit miracle. Enfin, tout cela pour peu que vous soyez sensible à ce genre de film.  

LE CHOEUR DES FEMMES de Martin Winckler

Note: 13/20

Le Chœur des Femmes traite d’un sujet peu répandue dans la littérature, le rapport du Corps médical et du Corps des patients, enfin surtout des patientes. L’histoire suit l’arrivée au sein de l’unité 77 de Jean Atwood, jeune médecin brillant, major de sa promotion, qui se destine à la chirurgie gynécologique, mais que, à sa grande fureur, on oblige à venir terminer sa formation dans le service du docteur Karma. 

« A la lecture de la préface » on s’aperçoit que le personnage du Docteur Franz Karma est fortement inspiré de l’auteur (Martin Winckler), et de nombreux détails du livre sont inspirés de faits réels.
Dans un premier temps, le Chœur des femmes m’a passionné, non seulement l’histoire, mais la démonstration de la philosophie médicale de l’auteur nous permet de se rendre compte des automatismes et parfois de la barbarie perpétrée par le corps médical français. Il propose une alternative plus respectueuse et en cela, la lecture de ce livre est intéressante.  On suit avec curiosité le changement d’attitude de l’héroïne et la relation entre celle-ci et le Docteur Karma est savamment développée, du moins dans un premier temps.
Le livre, qui fait environ 600 pages, est trop long, et la seconde moitié additionne les faux-pas. D’une part le détail extrêmement long des rencontres médecins-patients, décrites plusieurs fois, donne une longueur au livre et nous font perdre patience. Et cela n’est rien en comparaison, des pages et des pages d’exemples, écrit avec des fautes d’orthographes ou carrément en langage texto, de messages envoyés sur le site internet mis place par le docteur…. Quelques uns auraient suffi, l’auteur cherche juste à nous montrer que de nombreuses femmes ne comprennent pas leur corps et que personne ne prend le temps de leur expliquer. C’est intéressant, certes, mais une page aurait suffi 602 pages c’est vraiment trop.
D’autre part, le développement et la fin du livre, tire beaucoup trop sur la corde sensible et sous prétexte de nous offrir un happy-ending l’auteur se permet de fantasques incohérences. Il nous laisse ainsi un gout légèrement amer, nous aurait-il pris pour des imbéciles ce Docteur. Karma (alias Martin Wincler) ?

Néanmoins, le sujet traité est intéressant et nous permet une réflexion, sur notre corps, notre sexualité, notre relation à la médecine. Il nous fait voir un autre point de vue, de l’avortement, des opérations de changement de sexe… celui des patients. En cela, si c’est un sujet à même de vous intéresser je le recommande, sinon il est un peu trop long et trop maladroit en deuxième partie pour être apprécié de tous. 

TOUTES NOS ENVIES de Philippe Lioret

Note : 13,5/20
Toutes nos envies est un bon film, ni plus, ni moins. Ce film traite du surendettement, on y suit Claire, jeune juge au tribunal de Lyon, qui demande de l’aide à Stéphane, juge chevronné et désenchanté pour combattre ce système. Quelque chose naît entre eux, où se mêlent la révolte et les sentiments, et surtout l’urgence de les vivre.

Le film alterne ce combat et des moments intimes de vie de Claire et sa famille. L’histoire, dans un premier temps est bien menée, on s’attache vite à cette jeune femme forte et fragile à la fois, jouée par une Marie Gilain en forme. Vincent Lindon gère également bien sa performance. Le sujet du film, peu évoqué au cinéma, dénonce les pratiques plus que douteuses des compagnies de rachat de crédit. Ca pourrait être intéressant si le surendettement restait le sujet principal du fim.  Malheureusement, à la découverte de la maladie de Marie Gilain, le film sombre dans le pathos et n’en sort jamais vraiment.

Bien que la réalisation soit agréable, on n’en garde pas un souvenir impérissable. Ce qui est émouvant dans les premiers temps finit par nous tirer la larme. L’actrice Amandine Dewasme, ne convainc pas du tout et garde une seule et même expression tout le long du film (mélange d’incrédulité et de reconnaissance). Yannick Renier, qui joue le mari est d’une transparence inouïe. Néanmoins, le film n’est pas désagréable à regarder et le sujet, même si au final peu traité, est intéressant. 

BIENVENUE A BORD de Eric Lavaine

Note : 11/20
Bienvenue à bord est légèrement divertissant, mais c’est tout. On sourit plus qu’on ne rit, les blagues les plus drôles de Franck Dubosc sont dans la bande annonce, les autres sont plus ou moins du réchauffées. Le manque de vraisemblance ne serait pas un problème si le scénario était un peu plus riche. La fin n’a rien de surprenante, les personnages sont stéréotypes, le simple très gentil qui fait se rendre compte qu’on est vraiment méchant. La femme délaissée et vengeresse légèrement pathétique, le séducteur vieillissant amoureux de la commandant, la mère courage qui a du mal à mener de front sa vie de mère célibataire et celle de commandante de croisière. Bref, je ne le recommande pas vraiment, du moins pas au cinéma, sauf éventuellement si vous êtes fan de comédie con-con et de l’humour à la Dubosc, là vous devriez être charmé.