DANS LA MAISON, de François Ozon


Note : 16/20

Dans la maison est un film que je conseille absolument. La bande-annonce l’annonçait comme une comédie dramatique, et je n’ai pas été déçue.

Le synopsis : « Un garçon de 16 ans s'immisce dans la maison d'un élève de sa classe, et en fait le récit dans ses rédactions à son professeur de français. Ce dernier, face à cet élève doué et différent, reprend goût à l'enseignement, mais cette intrusion va déclencher une série d’évènements incontrôlables. »

Tout d’abord la photographie du film est très réussie, à partir du collage du début et jusqu’à la vue de la fin elle est remarquablement soignée. La maison du film est un personnage à part entière que l’on suit de l’extérieur et de l’intérieur à travers les saisons.

Le scénario est original et la mise en scène y correspond parfaitement. La narration est bien accordée à l’image et se fond en elle. Les personnages peuvent surgir dans des scènes où on les attends pas et le mélange fiction/réalité joue un rôle intéressant.

Le tout est porté par des acteurs de haut niveau. J’ai toujours eu un peu de mal avec Fabrice Luchini, parce que quel que soit le personnage qu’il joue il fait toujours du Luchini. Mais dans ce rôle là, bien qu’il soit toujours un peu présent, il arrive à s’effacer et à très bien porter le rôle de ce professeur en crise existentielle. Kristin Scott Thomas est quant à elle excellente et c’est finalement le personnage auquel on s’identifie le plus. Enfin, le jeune Ernst Umhauer démontre de grands talents d’acteur et se met au niveau de Luchini. Son regard froid et ses attitudes perverses sont jouées à la perfection, si bien qu’un plan sur lui donne des frissons et suscite un certain malaise. La famille « des rafas » ne fait certes pas d’étincelles face aux trois premiers acteurs, mais performent convenablement pour des rôles moins profonds.

Je conseille tout de même de regarder la bande annonce avant d’y aller, histoire de savoir à quoi s’attendre. Mais c’est du bon Ozon, un film dont on ressort satisfait. 

LA GRAND MERE DE JADE , de Fréderique Deghelt


Note: 17/20

La grand-mère de Jade est un roman doux et attachant comme ses personnages. Il raconte la cohabitation d’une trentenaire parisienne et de  sa grand-mère savoyarde. Leur amour des livres et de l’écriture les rapproche et Jade apprend à connaitre la femme qui se cache derrière sa grand-mère. 

J’ai souvent du mal avec les livres dont le  narrateur n’est pas fixe est navigue entre les personnages, mais ici, le charme opère et cette triple narration (Jade, sa grand-mère, le narrateur omniscient) apporte beaucoup à l’histoire. Ce procédé est très bien gérée, il n’y a pas de redite, et l’histoire avance bien grâce à cela. Si les interventions de la grand-mère au départ peuvent paraître lourdes, on s’y habitue rapidement. Frédéric Deghelt énonce de manière évidente son amour des grands auteurs, et elle nous donne envie de nous y replonger ou de les découvrir.

Le fossé intergénérationnel ainsi que les relations grand-mère/petits enfants est remarquablement dépeint, et sur la toile de fond de cette cohabitation, c’est les différences entre époques qui sont narrées.

La grand-mère de Jade est un roman que je recommande, sans mélancolie, il nous remémore les embrassades sucrées de nos grand-mères, et nous rappelle la connaissance et la richesse souvent oubliées des personnes âgées.  J’ai pris grand plaisir à lire ce livre, essayant à chaque fois de m’en laisser pour plus tard et c’est avec une certaine tristesse que je l’ai achevé.

Les confessions de l’auteur dans les dernières pages sont touchantes, et on ne peut ensuite  qu’admirer la force et la réalité de son récit. 

TED, de Seth MacFarlane


Note : 13/20

Ted est un film qui divise, soit on aime l’humour scato de type american pie ou totalement loufoque à la Harrold est kumar et dans ce cas là, on adore, soit on n’aime pas ce type d’humour et on passe son chemin.
Je n’avais pas vu la bande-annonce et je ne savais donc pas à quoi m’attendre. J’ignorai même que la voix française de Ted était celle de Joey Starr, dont l’étendu du talent m’impressionne encore cette fois-ci.

Le synopsis de Ted : « À 8 ans, le petit John Bennett fit le vœu que son ours en peluche de Noël s’anime et devienne son meilleur ami pour la vie, et il vit son vœu exaucé. Presque 30 ans plus tard, l’histoire n’a plus vraiment les allures d’un conte de Noël. L’omniprésence de Ted aux côtés de John pèse lourdement sur sa relation amoureuse avec Lori. Bien que patiente, Lori voit en cette amitié exclusive, consistant principalement à boire des bières et fumer de l’herbe devant des programmes télé plus ringards les uns que les autres, un handicap pour John qui le confine à l’enfance, l’empêche de réussir professionnellement et de réellement s’investir dans leur couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai ! »

Le scénario du film est sans grand intérêt, c’est une peluche qui parle ancienne star désenchantée qui fume des pétards et boit beaucoup trop. La tentative de créer un rebondissement avec le kidnapping ne sert à rien et essouffle un peu la machine. 

La vraie « réussite » du film est de nous faire rire, les références aux années 80, les blagues débiles et scatos sont vraiment pas mal (si on aime ca). Mark Walhberg joue bien, le gentil imbécile immature et Mila Kunis est toujours aussi craquante, bien que son personnage ne serve pas à grand-chose dans l’histoire. Une petite mention spéciale pour Joel McHale de la série community qui joue le patron dragueur de Mila Kunis et sort l’une des meilleures blagues du film, une blague qui passe pourtant inaperçue.

Cette petite comédie américaine pipi/caca/prout est construite comme un gros délire entre potes, et j’y ai adhéré.  Je ne la conseille qu’aux fans du genre. Encore une fois, on évite d’amener les enfants ! Ce n’est pas parce qu’il y a un ours sur l’affiche que c’est indiqué. 

LE MAGASIN DES SUICIDES, de Patrice Leconte

Note : 03/20
"Imaginez une ville où les gens n’ont plus goût à rien, au point que la boutique la plus florissante est celle où on vend poisons et cordes pour se pendre. Mais la patronne vient d’accoucher d’un enfant qui est la joie de vivre incarnée. Au magasin des suicides, le ver est dans le fruit…"

Grosse déception pour ce film de Patrice Leconte, un livre de qualité adaptée en niaiserie musicale. Le livre de Jean Teulé que j’avais beaucoup aimé, souffre clairement de cette comme si le transformer en comédie musicale n’était pas suffisant, Patrice Leconte a choisi d’en changer la fin ! L’ironie du livre ne se retrouve absolument pas dans ce film, qui bien qu’il ne dure qu'1h25 en parait 3. 

Il semble clair que Leconte a tenté d’imiter les films de Tim Burton, avec un sujet sombre et des animations qui tranchent, mais il le fait malheureusement sans aucun talent.

Les chansons sont d’un niveau absolument grotesques, les rimes sont affreuses elles ont l’air d’avoir été écrite par des enfants, les rythmes mous et peu entraînants. Bref c’est franchement mauvais et parfois même malsain.


Il y avait de nombreux enfants dans la salle lorsque j’y suis allée, je ne suis pas sure, que ce soit très indiqué, d’abord à cause de la qualité du film mais également parce que le sujet ne se prête réellement pas à un visionnage par le jeune public.


Je le déconseille absolument. 

LA DAME DE FER, de Phyllida Lloyd



Note : 12,5/20
« Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée. »

La dame de fer est un « plutôt bon film »,  alors qu’il aurait pu être extraordinaire. Il avait tout, pourtant, une histoire phénoménale, celle d’une femme issue de la classe moyenne qui devient premier ministre. Une femme forte, qui réduit à néant les stéréotypes féminins (pour le coup elle est bien peu sensible cette Tatcher !). Une actrice merveilleuse, Meryl Streep, ma préférée, et aussi de gros moyens…
Si au départ j’ai cru que le gros problème du film résidait dans sa narration (la réalisatrice a fait le choix de construire son film en flash-back). Je me suis rendue compte à la fin qu’en réalité la chose qu’on peut lui reprocher, c’est la trop grande importance donnée aux dernières années de la dame de fer. En fait, la plus grande partie du film se concentre sur la Vieille Tatcher, atteinte d’Alzheimer qui voit son mari mort.
On a ici, la grande histoire de la première et seule femme premier ministre, et on se concentre sur sa période de sénilité. C’est bien dommage. Lloyd aura surement voulu nous montrer que finalement ce n’est qu’une femme, j’en conviens, mais quelques minutes voir 30 auraient suffi, là c’est la plus grande partie du film ! On finit par passer à coté du propos, la dame de fer, Une plus grande concentration sur son accession au pouvoir, ou sa gouvernance, aurait été souhaitable.

Malgré tout, ne serait-ce que pour le cours d’histoire et la prestation de Meryl Streep, il peut être recommandé. Mais vous voilà prévenus. 

THE DESCENDANT, d’Alexandre Payne


Note : 15/20
Ma première réaction en sortant du film fut, c’était bien mais de là à être nominé aux Oscars…Cependant, en y repensant, George Clooney m’a bien fait oublier George Clooney et j’ai eu du mal à me détacher de l’histoire après le visionnage. Je pense même aller le revoir.

L’histoire : A Hawaii, la vie d’une famille bascule. Parce que sa femme vient d’être hospitalisée suite à un accident de bateau, Matt King tente maladroitement de se rapprocher de ses deux filles, Scottie, une gamine de dix ans vive et précoce, et Alexandra, une adolescente rebelle de dix-sept ans. Il se demande aussi s’il doit vendre les terres familiales, les dernières plages tropicales vierges des îles, héritées de ses ancêtres hawaiiens. 

Puisque c’est la prestation de Clooney qui est au centre des remarques, je vais concentrer ma critique là-dessus. Il excelle dans ce rôle, il faut le reconnaitre. Il n’a jamais été si subtil,  honnête et émouvant, spécialement dans ses interactions avec ses filles mais aussi avec Sid l’ami de sa fille ainée qui les accompagne dans leur quête. Celui-ci apporte des moments comiques et une sagesse inattendue.
Bien loin des personnages « cool » qu’il joue habituellement, George Clooney est grisonnant, cerné, peu « fashion » dans ses chemises hawaïennes à manches courtes et ses tongs, ce qui aide à oublier l’acteur au profit du personnage.
La prestation de Shailene Woodley (The secret life of the american teenager), est elle aussi remarquable.

On pouvait s’attendre à plus hilarant ou plus touchant, mais avec son honnêteté sous-jacente et son authenticité il nous fait nous souvenir des personnages pendant longtemps.
La façon étrange de courir de George Clooney, les cousins nombreux et faussement sympathiques, amplifient le ton de tragi-comique du film tout cela rehaussé par la musique traditionnelle Hawaïenne.

Ca vaut le coup de le voir ne serait-ce que pour la performance de Clooney, celle de la jeune actrice Shailene Woodley mais aussi pour découvrir Hawaï, qui a aussi une grande importance dans le film. 

TRUST de David Schwimmer

Note : 14,5/20

Trust est un bon film que peu de gens verront, tout simplement parce qu’il traite d’un sujet peu avenant et qui met mal à l’aise (viol d’adolescente par un pédophile rencontré sur internet).

Synopsis : Annie, 14 ans rencontre un jeune garçon de son âge, Charlie, sur un chat de Volley-Ball. Leur amitié virtuelle grandit et se transforme peu à peu en relation amoureuse, Charlie révèle qu’il est juste un peu plus âgé qu’il ne l’avait laissé entendre. Annie reste fascinée par lui. Mais le masque finira par tomber et cela déclenchera un engrenage que personne n’aurait pu imaginer, mais qui changera définitivement la vie de toute la famille…

En examinant l’effet complexe et dévastant des relations que les prédateurs sexuels entretiennent avec leurs victimes et leur famille, Schimmer prend soin d’éviter le sensationnalisme et reste concentré sur l’histoire.  Il fait preuve d’une grande sensibilité, et malgré quelques tentatives de commenter la sexualisation des enfants, réalise un film bien mené qui pourtant explore un sujet difficile. J’ai appris ensuite, que le réalisateur a travaillé pendant des années au sein d’une fondation pour les victimes de viol, et c’est ce qui a inspiré l’histoire.

La réalisation est claire et sans fioritures avec peu de musique. L’intégration des conversations SMS et chat ne dérange pas outre-mesure bien qu’assez peu esthétique. Le film prend de l’ampleur grâce à la prestation des acteurs. Si Catherine Keener joue pleinement son rôle de mère compatissante, c’est seulement pour mieux mettre en avant les remarquables prestations de Clive Owen et Liana Liberato.  

Un bon film, à ne pas mettre entre toutes les mains puisqu’il comporte des scènes évocatrices et dérangeantes.

L'AMOUR DURE TROIS ANS de Frédéric Beigbeder

Note: 16/20

N’étant pas une grande fan de Beigbeder, l’écrivain, je n’attendais pas à être éblouie par son premier film. L’amour dure trois ans, le livre, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable, trop cynique et un peu sexiste, en plus, la bande annonce ne me donnait pas beaucoup envie non plus . J’ai finalement passé un très bon moment de cinéma, comme quoi…

L’histoire : Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.

Tout d’abord j’ai aimé que Beigbeder mette en abîme le livre à l’intérieur du film, ce qui lui permet plus ou moins d’en rejeter le message, sa misogynie et son cynisme. Le personnage le dit lui-même ce livre c’est de la merde. Il faut alors admirer l’ironie de Beigbeder de dire cela à propos de son propre roman… Il prend le parti d’assumer totalement le fait de faire une comédie romantique amusante ce qui lui permet d’en faire un spectacle agréable.
On s’amuse des références littéraires, de Canal plus, de son amour pour Michel Legrand, de son apparition dans le film (en soldat russe), de son prix Nobel de littérature (caché dans le panneau défilant d’une émission télé)…

La réalisation est plutôt plaisante, pour un premier film, il faut le lui reconnaitre. Je m’attendais à un film totalement cynique et trash (à la 99 francs), finalement ca reste relativement sobre et bien géré. Ce qu’il y a d’agréable c’est que ca ne tombe ni dans le gnan-gnan ni dans le prétentieux, et ca c’est déjà énorme.

Le scénario est plutôt bien mené, les dialogues sont souvent savoureux et comiques. Il est porté par des acteurs plutôt bons dans l’ensemble. Gaspar Proust est moins énervant que ce que j’imaginais, et il signe une prestation plus que correcte. J’ai encore du mal avec Louise Bourgoin, mais finalement elle ne m’a pas dérangé. Les rôles secondaires, sont eux, à applaudir (à l’exception de Nicolas Bedos). Valérie Lemercier, qui m’avait un peu déçue dans Bienvenue à bord, est ici géniale en éditrice grinçante, le couple Lambert-Bel est exquis, et je ne me lasse toujours pas de Joey Starr en acteur, je n’y peux rien je l’adore, ici dans un rôle à contre-emploi.

Je le recommande, à qui, a de l’humour et aime les comédies romantiques. 

RAINBOW POUR RIMBAUD, de Jean Teulé

Note : 08/20

L’histoire : « A 36 ans, Robert est un doux géant de deux mètres dix doté d'une âme d'enfant.
Il vit avec ses parents à Charleville-Mézières. Robert se prend pour Arthur Rimbaud. Son bateau ivre à lui est une armoire dans laquelle il dort. Lorsque son père décide de se débarrasser du meuble, Robert part aussitôt pour Paris. Gare de l'Est, il rencontre Isabelle, standardiste à la SNCF. La passion ne tarde pas à naître entre ces deux êtres si sensibles et si différents des autres. Ensemble, les voilà partis pour un voyage au long cours, avec l'amour fou et Rimbaud pour seuls bagages »

J’adore Jean Teulé et son univers déjanté, ses personnages gagas et sa prose souvent laborieuse.  Mais j’ai eu du mal à m’y retrouver avec ce livre. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant, d’ailleurs la preuve je l’ai même fini.

Tout avait bien commencé, le titre (amusant il faut le reconnaitre), la couverture (une image de Rimbaud avec un arc-en-ciel sur la tête), la quatrième de couverture (le résumé est au-dessus), tout était réuni pour passer un bon moment de lecture. Après la découverte délicieuse des personnages de Robert et Isabelle, leur fuite passionnante et leurs aventures irréelles, le ton léger et amusant se transforme en poème sombre et tortueux. Je ne suis pas une adepte de la poésie et j’ai attendu la fin du livre avec impatience, espérant un dénouement qui n’est pas vraiment venu, ou peut-être ne l’ai-je pas compris ?

Un livre à lire si vous êtes adepte de poésie de Rimbaud ou des romans absurdes de Jean Teulé, sinon passez votre chemin, allez plutôt lire le Magasin des Suicides, beaucoup plus accessible. 

LA PIEL QUE HABITO, de Pedro Almodovar

Note: 16/20
Pedro Almodovar est l’un des réalisateurs plus doués toujours en vie, et il nous offre un mélange d’atroce horreur et de séduisant mélodrame. Le film délivre ses secrets petits à petits, et si le scénario est barjo il l’est autant que les protagonistes.

Tout cela étant dit : le docteur Roberto Ledgard (un très bon Antonio Banderas mature et doucereux) vit dans un château où se trouve sa propre clinique.
En regardant dans sa maison on découvre une femme magnifique toujours vêtue d’une combinaison moulante nommée Vera Cruz (la splendide Elena Anaya).
Almodovar fait le choix de révéler doucement le passé tragique de Roberto et également celui de Vera. Le moment où tout est révélé n’apparait pas soudainement, cela vient au fur et à mesure comme si Almodovar, avec un malin plaisir, retirait des voiles jusqu’à ce que le dénouement l’histoire soit mise en lumière.
Bien que le film ne soit pas aussi chaleureux que d’autres qui l’ont précédés, et malgré la pléthore d’images étranges et bizarrement captivantes, La Piel que Habito est très bien réalisé et le jeu des acteurs est proche de la perfection. La photographie est magnifique et l’ambiance malsaine est ce que le réalisateur recherche. La seule chose que j’ose à peine lui reprocher, est l’intrusion du personnage de Zeka, l’homme-tigre, qui bien qu’il bouscule l’histoire, aura été la chose qui m‘a le plus mise mal à l’aise. 

THE EXPLODING GIRL de Bradley Rust Grey

Note : 18,5/20 

Une étudiante nommée Ivy (Zoe Kazan) rentre chez elle durant une semaine de vacance et elle se fait larguer par son petit-ami. En même temps, elle passe cette semaine là, à faire la fête et à se balader calmement avec son ami de lycée Al (Mark Rendall) qui est clairement amoureux d’elle et qui a peur de l’avouer.  C’est à peu près tout. Malgré cela, chacun des petits moments deviennent monumentaux grâce à l’actrice principale, Zoe Kazan. Cette actrice a assez de talent pour nous laisser voir ses pensées, tout en restant absolument immobile. On apprend assez rapidement, qu’elle est épileptique et son personnage appréhende la vie comme si une bombe était constamment à la limite d’exploser, ce qui explique ses longs moments d’immobilité et ses silences. 

On a l’impression de regarder la vie d’Ivy à distance et cela est intensifié par le choix du réalisateur de filmer de longues séquences sous forme de documentaire. Et si au départ, on pense qu’Ivy est retournée dans une ville américaine quelconque, on comprend au fur et à mesure qu’il s’agit en réalité de New-York en été.  
Le film ne repose clairement pas sur le scénario, mais sur les acteurs et la mise en scène. Bien qu’ayant un budget limité Bradley Rust Grey réussi, avec l’aide des acteurs, à en faire un film magnifique. La lumière et la photographie sont maîtrisées parfaitement. La musique est quasiment absente, mais les silences du film prennent tout leur sens et ils nous en apprennent bien plus. 

« The exploding girl » est un très joli film, langoureux et qui fait beaucoup avec peu, il laisse ce sentiment que malgré tout vous avez assisté à un petit miracle. Enfin, tout cela pour peu que vous soyez sensible à ce genre de film.  

LE CHOEUR DES FEMMES de Martin Winckler

Note: 13/20

Le Chœur des Femmes traite d’un sujet peu répandue dans la littérature, le rapport du Corps médical et du Corps des patients, enfin surtout des patientes. L’histoire suit l’arrivée au sein de l’unité 77 de Jean Atwood, jeune médecin brillant, major de sa promotion, qui se destine à la chirurgie gynécologique, mais que, à sa grande fureur, on oblige à venir terminer sa formation dans le service du docteur Karma. 

« A la lecture de la préface » on s’aperçoit que le personnage du Docteur Franz Karma est fortement inspiré de l’auteur (Martin Winckler), et de nombreux détails du livre sont inspirés de faits réels.
Dans un premier temps, le Chœur des femmes m’a passionné, non seulement l’histoire, mais la démonstration de la philosophie médicale de l’auteur nous permet de se rendre compte des automatismes et parfois de la barbarie perpétrée par le corps médical français. Il propose une alternative plus respectueuse et en cela, la lecture de ce livre est intéressante.  On suit avec curiosité le changement d’attitude de l’héroïne et la relation entre celle-ci et le Docteur Karma est savamment développée, du moins dans un premier temps.
Le livre, qui fait environ 600 pages, est trop long, et la seconde moitié additionne les faux-pas. D’une part le détail extrêmement long des rencontres médecins-patients, décrites plusieurs fois, donne une longueur au livre et nous font perdre patience. Et cela n’est rien en comparaison, des pages et des pages d’exemples, écrit avec des fautes d’orthographes ou carrément en langage texto, de messages envoyés sur le site internet mis place par le docteur…. Quelques uns auraient suffi, l’auteur cherche juste à nous montrer que de nombreuses femmes ne comprennent pas leur corps et que personne ne prend le temps de leur expliquer. C’est intéressant, certes, mais une page aurait suffi 602 pages c’est vraiment trop.
D’autre part, le développement et la fin du livre, tire beaucoup trop sur la corde sensible et sous prétexte de nous offrir un happy-ending l’auteur se permet de fantasques incohérences. Il nous laisse ainsi un gout légèrement amer, nous aurait-il pris pour des imbéciles ce Docteur. Karma (alias Martin Wincler) ?

Néanmoins, le sujet traité est intéressant et nous permet une réflexion, sur notre corps, notre sexualité, notre relation à la médecine. Il nous fait voir un autre point de vue, de l’avortement, des opérations de changement de sexe… celui des patients. En cela, si c’est un sujet à même de vous intéresser je le recommande, sinon il est un peu trop long et trop maladroit en deuxième partie pour être apprécié de tous. 

TOUTES NOS ENVIES de Philippe Lioret

Note : 13,5/20
Toutes nos envies est un bon film, ni plus, ni moins. Ce film traite du surendettement, on y suit Claire, jeune juge au tribunal de Lyon, qui demande de l’aide à Stéphane, juge chevronné et désenchanté pour combattre ce système. Quelque chose naît entre eux, où se mêlent la révolte et les sentiments, et surtout l’urgence de les vivre.

Le film alterne ce combat et des moments intimes de vie de Claire et sa famille. L’histoire, dans un premier temps est bien menée, on s’attache vite à cette jeune femme forte et fragile à la fois, jouée par une Marie Gilain en forme. Vincent Lindon gère également bien sa performance. Le sujet du film, peu évoqué au cinéma, dénonce les pratiques plus que douteuses des compagnies de rachat de crédit. Ca pourrait être intéressant si le surendettement restait le sujet principal du fim.  Malheureusement, à la découverte de la maladie de Marie Gilain, le film sombre dans le pathos et n’en sort jamais vraiment.

Bien que la réalisation soit agréable, on n’en garde pas un souvenir impérissable. Ce qui est émouvant dans les premiers temps finit par nous tirer la larme. L’actrice Amandine Dewasme, ne convainc pas du tout et garde une seule et même expression tout le long du film (mélange d’incrédulité et de reconnaissance). Yannick Renier, qui joue le mari est d’une transparence inouïe. Néanmoins, le film n’est pas désagréable à regarder et le sujet, même si au final peu traité, est intéressant. 

BIENVENUE A BORD de Eric Lavaine

Note : 11/20
Bienvenue à bord est légèrement divertissant, mais c’est tout. On sourit plus qu’on ne rit, les blagues les plus drôles de Franck Dubosc sont dans la bande annonce, les autres sont plus ou moins du réchauffées. Le manque de vraisemblance ne serait pas un problème si le scénario était un peu plus riche. La fin n’a rien de surprenante, les personnages sont stéréotypes, le simple très gentil qui fait se rendre compte qu’on est vraiment méchant. La femme délaissée et vengeresse légèrement pathétique, le séducteur vieillissant amoureux de la commandant, la mère courage qui a du mal à mener de front sa vie de mère célibataire et celle de commandante de croisière. Bref, je ne le recommande pas vraiment, du moins pas au cinéma, sauf éventuellement si vous êtes fan de comédie con-con et de l’humour à la Dubosc, là vous devriez être charmé. 

TINTIN de Steven Spielberg

Note : 07/20
Quelle ne fut pas ma déception à la sortie de Tintin! On nous avait promis du sublime, une adaptation splendide des BD de mon enfance. On se retrouve devant un film enfantin, sans aucune unité de temps et d’espace (la faute à la réunion de trois histoire en une). Tintin, apparait sans profondeur, les autres personnages également. Le film se déroule en une suite d’actions moins probable les unes que les autres. Ici pas de véritable enquête, les éléments tombent mystérieusement les uns après les autres devant les yeux de Tintin. On enchaine, les déplacements, l’intrigue ne soulève pas le moindre intérêt tant on connait la fin dès le début.
Seule chose positive, un processus utilisé pour l’animation rend les personnages très humains, le résultat est beau.
Je ne le conseillerais qu’aux enfants de moins de 10 ans, et encore la petite fille devant moi, l’a clairement dit à sa mère « C’était un peu nul ». Oui exactement.  

LES MARCHES DU POUVOIR de George Clooney

Note : 11,5/20
Sans me plonger dans un profond ennui, ce film politique, ne m’a pas absorbé. Il est difficile de savoir en quoi, il n’est pas bon mais il manque définitivement un truc, comme c’est souvent le cas dans les films réalisés par George Clooney.
Les acteurs sont bons, le scénario est intéressant. La réalisation, épurée comme le décor de cette campagne manque de piquant. Il se passe des choses et pourtant on a l’impression qu’il ne se passe rien. La présence et le jeu de Ryan Gosling, magnifique dans Drive et Rachel Evan Wood, touchante dans Thirteen  n’y change rien, elle hérite du rôle de l’idéaliste naïve à tendances groupie. George Clooney est assez peu crédible en politicien, et on a du mal à bien voir la morale de l’histoire. D’autres films politiques ont traité du sujet, et ils l’ont bien mieux fait.
Néanmoins, le film n’est pas désagréable à regarder, et pour en avoir discuté, d’autres l’ont trouvé bon.
A aller voir si le sujet vous intéresse vraiment. 

POLISSE de Maiwenn

Note : 17,5/20
Polisse est le film qui m’a le plus touché de cette année. Pour preuve, je suis allée le voir deux fois, on suit une équipe de la brigade de protection des mineurs (Synopsis à mettre).
Le sujet est dur, et certaines scènes sont choquantes et crues, on pourrait ressentir un malaise face à cela, la prouesse de Maiwenn réside là, grâce à l’alternance finement étudiée de scènes difficiles et de scènes comiques, permet aux spectateurs de ne pas se sentir trop mal à la sortie. Bien que certains passages restent en tête et qu’on éprouve le besoin d’en parler et de l’analyser, il laisse une trace positive.

Polisse est filmé caméra épaule tel un documentaire, les acteurs, dont la plupart sont connus, réussissent la performance de nous faire oublier qui ils sont, ces personnes que l’on regarde sont des flics, ni plus ni moins. Mention spéciale, tout de même, à la réussite de Joey Starr, qui après avoir chanté de doux mots à la police, se met dans la peau d’un flic et en ressort une interprétation qui mélange finesse et force. De même que le personnage de Melissa, le film nous permet de partager le quotidien de cette équipe, les amourettes, les engueulades, le stress des enquêtes, l’écœurement face aux bourreaux, les rires…

La bande-originale est bien choisie et les moments de musique, sont uniquement ceux qui sont nécessaires.
Seul bémol, la place trop importante à l’intérieur du film de la relation Joey Starr-Maiwenn, était-ce bien utile ?

Un film magnifique, à voir impérativement. 

LE GOUT DES PEPINS DE POMMES de Katharina Hagena

Note : 15/20
Le goût des pépins de pommes est un roman nostalgique sur les souvenirs familiaux.
A la suite de la lecture du testament de sa grand-mère, Iris, hérite de la maison de celle-ci. Elle décide d’y passer quelques jours afin de choisir si elle souhaite la garder ou la vendre. Cette maison abrite en réalité le destin tragique de trois générations de femme de cette famille allemande. Ces quelques jours, permettons à Iris de se souvenir et de découvrir les nombreux secrets de famille qui y regorgent.
J’ai aimé ce livre, ses descriptions précises, des odeurs et des saveurs nous permettent de découvrir à mesure que l’héroïne se souvient, la nostalgie du lieu qui a abrité les étés de son enfance. Bien que les histoires soient souvent tragiques, elles ne sont pas larmoyantes.
Le lien familial et les secrets qui peuvent les ronger sont bien analysés et on se prend vite au jeu d’enquête que mène la narratrice.
Le style littéraire est spécial, peut-être est-ce du à la traduction, le livre étant écrit en allemand à l’origine. On peut également reprocher au récit, un passage avec une certaine longueur.
Malgré cela, je recommande vivement ce livre, qui divertit et qui nous transmet cet état nostalgique des lieux de notre enfance. 

CE QUE JE SAIS DE VERA CANDIDA de Véronique Ovaldé

Note : 16/20
Le simple fait que j’ai lu d’une traite dans le train, sans m’arrêter, indique que «Ce que je sais de Vera Candida » est vraiment  bon. Voilà le résumé : « Quelque part en Amérique du Sud, dans l’île de  Vatapuna, trois femmes d’une même lignée semblent prédestinées à  connaître le même sort : mettre au monde une petite fille et être forcée  de taire à jamais le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et  Vera Candida. Ce sont des femmes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, des femmes téméraires mais sujettes aux fatalités propres à  leur sexe. Chacune à sa manière se bat pour faire honneur à ce qu’elles  sont : des mères affranchies, bien décidées à se choisir elles-mêmes leur destin. »

Les personnages de Rose Bustamente et Vera Candida, sont complexes et admirables. On envie leur force sans leur envier leurs destins. Que ce soit Rose qui, après avoir été prostituée, devient pêcheuse ou Vera Candida qui s’enfuit de l’île à 15 ans et enceinte, pour échapper à sa destinée. C’est avec plaisir qu’on les accompagne toutes deux, tout au long du roman.

L’écriture de Véronique Ovaldé glisse toute seule, sans difficulté, on peut se concentrer sur le récit. On aime la capacité de l’auteur à nous faire voyager dans ces lieux imaginaires d’Amérique du sud où prennent place l’histoire. On rêve de la moiteur, du bruit et de l’ambiance de Vatapuna et Lahomeria.

DRIVE de Nicolas Winding Refn

Note: 17/20
Le film drive est un film qui divise, on l’adore ou on le déteste. Je ne peux m‘empêcher de faire le parallèle avec « The Tree of Life » de Terrence Malick, à l’instar de Drive, celui-ci à aussi souffert d’une bande-annonce si ce n’est mensongère, pas totalement honnête. Nos manipulateurs de distributeurs, appâtent le tout venant, en lui promettant un duel Brad Pitt/Sean Penn pour l’un (aucune mention n’est faite de toute la partie théologico-philosophique), un film de courses-poursuites à la Fast and Furious pour le second. Si une grande partie des spectateurs de « The Tree of life » a pu être déçu de ne pas voir ce à quoi il s’attendait, il en va de même pour Drive.
C’est pourquoi, je ne m’emporte pas contre ceux qui le descendent en flèche, bon de là à aller porter plainte c’est autre chose !

C’est un film hypnotique qui reste en tête plusieurs jours après son visionnage. Première raison à cela, la performance d’acteur de Ryan Gosling, en effet, il donne au personnage, qui parle peu, une réalité et une profondeur attachante. Il faut préciser que j’admire beaucoup cet acteur à la filmographie honorable « Danny Balint », « United State of Leland » et « Lars and the real girl ». Carey Muligan lui donne la réplique et elle  y est particulièrement brillante, tout autant que la les acteurs secondaires, issus de série TV (Bryan Cranston de Breaking Bad, Christina Hendricks de Mad Men et Ron Perlman de Sons of Anarchy).
On pourra admirer, la réalisation impeccablement maitrisée de Nicolas Winding Refn, tout y est, la photographie est parfaite, la BO années 80 signée Cliff Martinez est magnifique. 
A signaler tout de même deux passages très violents, évitez de manger en le regardant, ceux qui l’ont vu savent de quoi je parle (la scène de l’ascenseur…).
En bref, un très beau film qui méritait bien ses nominations à Cannes.
A voir, mais uniquement si vous savez à quoi vous attendre.